Le rendez-vous des indés #9


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L’auto-édition est un vaste sujet, chacun à ses propres idées à son propos. C’est pourquoi tous les dimanches j’essayerais qu’un auteur qui est en édition indépendante ou qui est passé par là partage son point de vue.

Je pense que ce rendez-vous sera très enrichissant et permettra de découvrir différentes visions et d’échanger. Je vous demande juste que ces échanges se fassent dans le respect , sans débordements inappropriés car je sais très bien qu’il y aura des risques.

Si vous voulez que ce rendez-vous continue, j’attends vos mails, car ce sont vous, les indés qui le faites. Je compte donc sur vos témoignages que vous pouvez m’envoyer à lestribulationsdunelectrice@gmail. Dans ce mail, vous êtes libres de me parler de votre ressenti et de votre expérience.
Pour la neuvième édition, c’est Olivier Saraja qui témoigne. Il connait l’auto-édition avec sa nouvelle Spores. Vous pouvez découvrir son blog ici et sa nouvelle en cliquant sur la couverture.

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Je ne suis qu’un très jeune auteur (pas en âge: je viens de fêter 43 ans) dans le domaine de la fiction. Mais j’ai eu la chance de contribuer pendant mes études à des ouvrages de jeux de rôle (vous savez, de ceux qui se jouent avec du papier et des dés, avec une table et des vrais gens autour) chez un modeste éditeur depuis disparu (Oriflam), puis plus tard des articles de presse informatique relatifs aux logiciels libres populaires (Linux Magazine,  Linux Pratique) chez un éditeur bien implanté (Diamond Editions) et enfin un bouquin sur un logiciel libre de création d’image de synthèse (La 3D Libre avec Blender) chez un très gros éditeur (Eyrolles).

Pendant toutes ces longues années, j’ai malgré tout travaillé sur différents textes de fiction. Un roman SFFF (« Le Dernier Pas de l’Immortelle ») plutôt sombre a été mon accomplissement principal, mais même à ce jour, je n’en suis pas satisfait: la réécriture est laborieuse, et je l’ai mise entre parenthèse au bout d’environ 35% pour essayer d’approfondir l’art de l’écriture.

Pour ce faire, m’exercer sur des formats courts m’a paru approprié à un approfondissement « rapide » de mon style.

J’ai donc commencé à plancher sur une série de nouvelles (les aventures de Lady Bradlsey, exploratrice de l’occulte) dont le projet n’a pour l’instant été retenu par aucun éditeur. Les conseils et remarques prodigués par ceux-ci m’ont toutefois amené à reconsidérer ma façon de raconter une histoire, fait mettre le doigt sur des défauts stylistiques et structurels, ce dont je ne peux que les remercier. Trois épisodes sur les six prévus sont écrits, voire même réécrits, mais bien que tous les synopsis soient prêts, cette série est désormais également entre parenthèse.

Mon ambition actuelle est donc de travailler, de me parfaire. Et d’en profiter pour, d’une part, me construire une petite base de lecteurs, et d’autre part, améliorer ma façon de conter une histoire. Je souhaite donc produire cinq ou six nouvelles, en auto-édition, afin de m’élaborer une sorte d’identité, de signature, d’auteur.

Dans cette optique, j’ai écrit « Spores! », une nouvelle d’anticipation post-apocalyptique. Elle a été très bien accueillie, et chroniquée une dizaine de fois. Son principal défaut tient dans sa longueur: même pour une nouvelle, elle est jugée trop courte! Défaut que je suis en train de corriger sur mes autres travaux en cours (dont « Sanctum Corpus », une nouvelle cyberpunk mouvance post-apocalyptique qui va très prochainement connaître son deuxième jet, maintenant que les retours de bêta-lectures sont complets).

Cette remise en question et ce travail a porté ses fruits, puisqu’une nouvelle « grand format » sortira dans les prochains jours chez Walrus, mais j’en aurais l’occasion d’en reparler sur les réseaux sociaux ainsi que sur mon site.

Concrètement, « Spores! » est donc ma seule expérience effective d’auto-édition. Mais j’ambitionne véritablement de construire un socle d’histoires auto-éditées, comme expliqué précédemment, pour me construire une signature d’auteur.

De ce point de vue là, parmi tes autres témoignages, je me sens particulièrement proche de celui de Jérôme Dumont.  Je ne redévelopperai toutefois pas son point de vue, qui est synthétique et pertinent.

J’insisterai seulement sur la volonté émergente des auteurs indés de produire des ouvrages d’une réelle qualité. Il est évident que l’édition est un travail professionnel, mais nous aurions tort de croire qu’il ne peut absolument être mené à bien que par un éditeur.

 Il est évident que tous les auto-édités ne perceront pas, et que beaucoup resteront à un niveau qualitatif proche de la médiocrité, aussi excellentes que soient leurs idées. Mais améliorer la qualité des textes n’est pas insurmontable pour peu que l’on accepte de s’exposer à la lecture de tiers, et d’accepter les critiques (et il y en aura à foison, n’en doutez pas!).

 Il y a en effet différents cercles (ou forums) de bêta-lecteurs qui se chargent bénévolement de lire vos travaux, de souligner les défauts principaux (phrases obscures, trop longues ou bancales) qui nuisent à la qualité de votre travail. On pourrait citer CoCyclics, par exemple, pour les textes relatifs à la SFFF.

Il y a également des logiciels appropriés à la correction grammaticale. Sur mon site, je parle d’Antidote, qui est une véritable Rolls, malheureusement pas très accessible, avec son prix à 100€. Mais il y a d’autres solutions, gratuites et également performantes, comme Grammalecte (un greffon pour Libre Office), ou Scribens (un site de correction orthographique et grammaticale en ligne).

 Bref, face aux fautes, l’auteur n’est pas démuni, même si un logiciel ne remplacera jamais totalement un authentique relecteur-correcteur. Pour peu qu’il en ait l’envie, il peut donc produire des textes de meilleure qualité, et convenablement corrigés, même si les services d’un véritable correcteur (oui, il s’agit d’un métier, indispensable à la chaîne traditionnelle du livre, alors pourquoi pas à celle de l’auto-édition?) resteraient idéaux à condition de pouvoir se les permettre (mais vous êtes sûr du potentiel de votre œuvre, n’est-ce pas?).

Toutefois, ce qui est vraiment intéressant, dans l’auto-édition (et qui fait que ce n’est pas forcément pour tout le monde), c’est qu’il faut tout faire soi-même (ou alors, avoir les bons amis, mais c’est un autre sujet):

  • la couverture: je ne sais pas vous, mais je suis très sensible aux couvertures. Une belle image, une belle typographie, et je suis potentiellement conquis. Malheureusement, en auto-édition, les couvertures sont souvent des collages médiocres d’images empruntées ici ou là, ou issues de banques d’images vues et revues. Les titrages et les textes sont souvent sans inspiration, jetés sur la couverture, renforçant le sentiment d’amateurisme. Je pense vraiment que le principal écueil de l’auto-édition (outre le texte, bien évidemment), se situe à ce niveau. Mais composer une belle couverture, c’est un travail de professionnel à part entière.
  • la mise en page: oui, c’est important. Rien de plus horripilant (à part de grossières fautes de grammaire ou d’orthographe) qu’un texte mal fichu, mal justifié, qui accroche et écorche les yeux des lecteurs au lieu de l’accompagner. Une maquette claire et aérée, constante tout au long de l’ouvrage, au lieu d’une bête extraction de ce que vous avez saisi au kilomètre dans votre logiciel de traitement de texte, est essentielle pour que la lecture soit un plaisir et non pas un calvaire. Mais cela aussi c’est un travail de professionnel à part entière.
  • le format du document: je ne parlerai que du format numérique, ne m’étant jamais essayé au format papier, ou à l’impression à la demande. Soyons clair: je suis pour une interopérabilité inconditionnelle. Mon travail doit pouvoir se lire sur un ordinateur, une tablette, une liseuse, un smartphone. Ce n’est pas à moi de dire au lecteur où et comment il doit lire: ce doit être SON choix. Je me dois donc de fournir des ouvrages sans p***** de DRM (mais si, ces verrous numériques qui vous empêchent de lire vos bouqins légitimement acquis, ou de les prêter dans votre cercle familial ou amical, comme vous le feriez avec un vrai bouquin papier) et dans un format epub2 irréprochable. Mais fournir aux lecteurs la meilleure expérience de lecture possible, c’est un travail de professionnel à part entière.
  • la promotion: vous voulez être lu? il faut que vos futurs lecteurs sachent que vous existez. A vous de vous faire connaître. Les réseaux sociaux, les forums de lecteurs, les blogs littéraires (coucou Isa) sont vos meilleurs supports. Proposez de vous découvrir, sans jamais harceler. Séduisez, sans racoler. Donnez envie, sans pour autant saouler. Ce n’est pas facile , et l’auteur auto-édité croit souvent que s’il veut vendre, il doit matraquer, sans réaliser que s’il n’y va pas parcimonieusement, il risque de frustrer ou, pire, de braquer (je m’y suis moi-même déjà fourvoyé). Le marketing ou la promotion, c’est un travail de professionnel à part entière.

Ce que je veux dire, c’est qu’une fois que vous avez écrit votre chef d’œuvre, si vous n’avez envie de vous occuper ni de la couverture, ni de la maquette, ni de la distribution au format approprié, ni de la promotion, et bien, voici le scoop: l’auto-édition n’est pas faite pour vous.

En revanche, si vous avez envie de vous retrousser les manches, et de tout réaliser vous même (ou avec quelques coups de main, en vérité, vous ne serez jamais vraiment seul si vous savez où chercher des conseils), vous réaliserez combien l’auto-édition est un milieu enthousiasmant et enrichissant. Un vrai petit paradis épanouissant, à défaut d’être le plus nourrissant.

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7 Réponses

  1. A reblogué ceci sur Le site d'auteur d'Olivier Sarajaet a ajouté:
    J’ai eu le plaisir de témoigner, sur le blog littéraire d’Isabelle, de mon point de vue et de ma modeste expérience en matière d’auto-édition. N’hésitez pas à apporter vos commentaires! 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Témoignage très intéressant, merci pour ce partage!

    Aimé par 1 personne

    1. Mais de rien, c’est surtout l’auteur qui a le mérite de ce témoignage 🙂

      Aimé par 1 personne

      1. Oui, bravo a l’auteur, et merci a toi de lui avoir donne la parole.

        Aimé par 1 personne

  3. […] Le neuvième rendez-vous des indés […]

    J'aime

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