Patrice Moniez, l’interview


Aujourd’hui sur le blog, c’est Patrice Moniez qui est à l’honneur. J’ai découvert Patrice avec son roman « Impair et manque », une histoire qui m’a bouleversée, qui m’a fait réfléchir et qui m’aide à avancer.
 
Nous allons commencer avec quelques liens vers:
(Un clic sur l’image vous mènera vers mon avis)
Isa: Bonjour Patrice, tout d’abord, je tiens à te remercier d’accepter de répondre à cette interview. Avant de parler de ton roman et de tes projets, nous allons parler un peu de toi. Pourrais-tu te présenter en quelques mots à nos lecteurs ?
Je suis un père divorcé de bientôt 46 ans, avec une formation initiale aux Beaux Arts et en Infographie. J’ai suivi un cursus littéraire. j’alterne les créations graphiques et écrites, selon l’humeur, l’envie.
Une vie précaire, chaotique depuis presque 7 ans. Et deux joyaux qui me donnent envie de me lever le matin.
Isa: As-tu un genre de littérature, un auteur et un roman de prédilection ?
Non pas vraiment, en fait je lis peu. J’aimerais cependant… J’aime beaucoup les surprises roman après roman d’Amélie Nothomb, les histoires si proches de moi de Didier Van Cauwellaert, voyager dans les univers scientifiques et fantastiques de Michael Crichton, de Barjavel. J’ai été bouleversé par « L’éducation d’une fée ». Mais sinon, ma culture littéraire est assez pauvre.
Isa: D’où t’es venue cette envie d’écrire ?
Ecrire c’est loin, je dessinais en premier, puis j’ai vite écrit des petits scénarios, enfant, pour créer des Bandes Dessinées. J’ai même été « étudié » au collège en cours de français. Une de mes planches à été disséquée. Une fierté personnelle mais un regard dédaigneux des autres camarades…
J’écris quasiment tout le temps, je griffonne une idée pour une image, un scénario de livre. En fait je commence beaucoup de choses, peu aboutissent. Mais écrire est un besoin, un acte quotidien, ça passe même avant celui de m’alimenter… Ecrire sous diverses formes.
Isa: Peux-tu nous raconter un peu ton parcours et d’où te sont venues les idées pour «Impair et manque» ?
« Impair & manque » a été écrit en 2 semaines, à chaud dès le décès de mon père. Une écriture spontanée (dans le livre nous sommes loin du premier jus, plus direct), à cet instant je renouais avec l’écriture que j’avais laissé à l’abandon avec ma carrière de graphiste. J’étais alors à mon compte quand nous nous sommes retrouvés mon père et moi.
Le flot d’émotions me donnait cette évidence de raconter un peu les quelques pages de vies lui et moi, Lui, parti, juste après l’avoir retrouvé, des souvenirs enfouis ont ressurgis. La peur de les perdre… Il était incontournable pour moi d’écrire.
Le but premier, en fait était de donner un objet à ma tante, celle qui a vécu avec lui sa maladie… J’ai vu les ravages sur l’entourage d’une personne atteinte d’un cancer. Ce décès a permis de retrouver aussi tout un pan de ma famille.
Isa: Que t’as apporté l’écriture de ce roman et comment as-tu vécu et vis-tu cette première publication ?
Le livre est resté dans les cartons durant presque 10 ans, mon ex femme l’a lu, quelques proches…
Un écrivain belge l’a lu, corrigé, j’ai été encouragé à poursuivre l’écriture, mais pas à trop espérer le publier, voyant en ce texte comme un journal intime… Bonne ou mauvaise, cette critique m’a dissuadé de poursuivre la recherche d’un éditeur. C’est en mars 2014 que j’ai trouvé la motivation, aidé par les retrouvailles 27 ans après d’une camarade de lycée.
L’écriture a été rapide et le lire, relire m’a beaucoup aidé dans ce premier deuil personnel.
La publication et surtout les premiers exemplaires reçus ont été des moments trop émouvants.
Je me souviens être resté 2 h sans bouger face à ce carton, en pensant à lui, lui disant que ce texte virtuellement écrit et lu était là couché sur papier… La première sensation au déballage fut l’odeur des encres et papiers. Voir et toucher ce livre reste quelque chose d’indescriptible.
Pour te dire, la version papier je ne l’ai pas lu.
Une lectrice m’a envoyé une photo de livre, j’ai lu l’extrait, je n’avais pas reconnu que c’était moi qui avait écrit cela… Drôle de sensation. A vivre.
Le summum est d’entendre ses textes lus à voix hautes…
Isa: Dans quelles conditions écris-tu et comment te vient l’inspiration ?
Etant assez sensible, c’est au feeling, et mu par les émotions… Je peux rester sans écrire pendant des semaines… Puis rester des heures à écrire, sans plus aucune notion de temps. C’est anarchique et c’est frénétique. J’attends la greffe de dictaphone au cerveau pour m’aider à lister les idées et mots que je ne peux retenir… Et l’inspiration, là c’est le côté poil dans la main, c’est plus lié à moi, ce que je vis… Je n’ai pas encore élaboré de textes de fictions. J’ai travaillé dans un milieu aux antipodes de mon univers de créations, la vente…  Quand j’entrais dans le magasin dans lequel je travaillais, j’avais pris pour habitude de prendre un ticket de caisse vierge et un stylo, prêt à tout écrire… J’ai noté pendant 5 ans ce que je vivais. Ça fera l’objet d’un futur témoignage.
Isa: A part l’écriture, as-tu d’autres passions dans la vie ?
Passions ? Non pas réellement… Par à coup… La course à pieds découverte il y a quelques années. Je bidouille encore et encore mes petites images de synthèses, ce sont des auto satisfactions. Très récemment le Karaoké… Un bon défouloir pour l’ancien introverti que je suis.
Isa: Maintenant que nous avons parlé de toi et de ton roman, pourrais-tu un peu nous parler de tes futurs projets ?
Oh là vaste projet… J’ai envie de créer une sorte de « saga », liée à 5 relations si différentes entre un homme et 5 femmes qu’il a croisé. Puis la chronique de la vente aussi dont je parlais plus haut, ce serait plus croustillant, plus léger, quoique certains points semblent pesant. Un projet de Bande dessinée dans les cartons aussi… de court métrage en images de synthèse.
Isa: Pour continuer, je te donne l’opportunité de donner envie aux lecteurs qui ne te connaissent pas de découvrir ton bouquin. C’est à toi de jouer pour un petit instant pub.
Pendant l’écriture de ce livre, j’ai réalisé un certain nombre de choses… Sur la vie, sur ma vie… Je ne suis pas tendre avec moi, plus depuis ce jour où j’ai pris en pleine face ce que j’avais été ; enfermé dans un déni, manque de courage. Le fait d’avoir des enfants m’a projeté à la place de Jean-Paul (mon père) ; vivre tant d’années sans nouvelles de ses enfants, envoyer des lettres aux anniversaires et qui ne parviennent pas à son destinataire sont d’insoutenables pensées. Je me suis souvent posé cette question ; « Pourrais-je tenir comme il l’a fait? ». J’ai un début de réponse, bien sombre. Il a pourtant refait sa vie.
Ce que j’ai découvert, en allant là où il a fini ses jours, est assez lourd encore aujourd’hui… Je suis encore imprégné des odeurs de tabac froid de chez lui, des effets personnels qu’il avait déjà quand il vivait encore avec nous. Ce bond dans le passé est assez douloureux, je m’imagine qu’entre deux rien n’a été changé. J’ai ensuite eu la sensation de marcher sur ses traces et ça me fait encore cet effet. C’est la peur du mimétisme… On me parle souvent de nos similitudes, il écrivait lui aussi. Il est étonnant de constater des points communs au niveau de la graphologie d’une part et de la façon d’écrire d’autre part.
Combien de fois, physiquement, on m’a confondu avec lui… C ‘est somme toute banal, c’était mon père (j’ai failli le conjuguer au présent tant il est vivant encore depuis sa disparition).
C’est un livre assez limpide à lire, empreint toutefois de passages qui renvoient à chacun de nous, à la disparition d’un proche, de retrouvailles après quelques quiproquos ou imbroglios, d’histoires de famille.
J’ai beaucoup de mal à prendre du recul pour bien le décrire, ou en faire une quelconque promotion. Le but premier, je le réitère, n’était pas de le publier en masse (j’en suis encore loin).
Je peux même anticiper une prochaine question ; il peut avoir une suite ou un complément. Ce livre a permis de le connaître par celles et ceux qui l’on connu. J’ai beaucoup de témoignages…
Isa: Pour terminer te  prêterais-tu  au jeu de répondre à un petit portrait chinois réalisé par mes soins ? Dites qui nous qui tu serais, si tu étais :
  • Un personnage de BD?« Michel Vaillant » (perdurer en F1 après toutes ces années lol, c’est une BD que j’ai toujours attendu depuis mon enfance.
  • Un poète ? Guillaume Apollinaire
  • Un personnage de dessin animé ? Assurément Actarus
  • Un chanteur ? Dave Gahan
  • Une chanson ? Pleins… Enjoy the silence
  • Un film ? Le grand bleu
  • Une série ? Miami Vice
  • Un animal ? Un Pigeon
  • Un endroit ? La mer de la tranquillité sur la Lune 
Isa: Je te remercie d’avoir pris le temps de répondre à ces questions. Un mot de la fin peut-être ?
Ne pas passer à côté d’actes et de paroles par fierté et orgueil…
Je suis heureux que ce livre ait pu créer un lien et ait permis de renouer avec quelques proches.
Qu’il puisse aussi permettre, de façon modeste, à celles et ceux qui se reconnaîtront dans cette histoire, de se dire qu’il est dur de dire je t’aime mais qu’il faut le faire. J’ai lu les signes sur le visage de mon père qu’il m’avait pardonné.
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Une Réponse

  1. Belle interview et il faut vraiment que je lise ce livre… « Ne pas passer à côté d'actes et de paroles par fierté et orgueil…  » Oui mais on s'en rend compte souvent quand il est trop tard.

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